Depuis 2 ans, nous vous racontons l´histoire de notre village .Cette année Bernard Deram nous rév&erave;le la vie d´utrefois dans les estaminets de Sercus dont seul le Saint Erasme reste aujourd´ui.
A Sercus, on en dénombrait 16 sur le territoire de la commune dont plusieurs buvettes qui n´avaient ni comptoir, ni licence. A ce moment là, Sercus comptait une population qui dépassait les 600 habitants. Depuis, beaucoup de chaumières isolées ont été détruites. Ensemble, faisons un tour d´horizon. Le dimanche et les jours fériés, l´activité était intense. La pratique religieuse y contribuait largement. Dès le matin, à l´issue de la première messe réservée aux anciens, les hommes prenaient la direction des estaminets tandis que les femmes allaient prendre le café à l´épicerie, chez les couturières, ou chez un membre de leur famille résidant sur la place.
Dans les cafés, on pratiquait selon les horaires et la saison: des jeux anciens, les fléchettes, le palet, le jeu de boules, le billard et les cartes (le piquet, le tarot ou la manille) avant l´apparition des baby foots. Le matin, le café était servi dans des verres à pied et souvent « offert par la maison ». Seul l´alcool était payant. Un premier verre d´eau de vie l´accompagnait afin de le mélanger au café qui devenait la « bistoulle » tandis qu´un alcool type genièvre ou rhum complétait le café et s´appelait la « rincette ». A l´approche de midi, une nouvelle vague de clients arrivait et comme le matin, ils jouaient, les gagnants se faisaient payer la « tournée » par leurs collègues moins chanceux tout en leur donnant la possibilité de prendre leur revanche dans un autre établissement. A ce moment de la journée, on consommait plutôt un vin blanc type Monbazillac en guise d´apéritif, exceptionnellement, un vin cuit comme le Malaga ou un Picon était servi auquel était ajoutée de l´eau pétillante ou de la bière pour les clients les plus aisés.
Ensemble, faisons l´inventaire en commençant par la place. La Croix Rouge (1) était tenue par la famille Cabaret dont le mari exerçait la profession de courtier (il achetait et vendait pour le compte d´un négociant de produits agricoles). Le café était un endroit privilégié pour faire des affaires. C´était aussi le siège du Syndicat Agricole. A cet endroit, la municipalité a construit la cantine et les cuisines de l´actuelle salle des fêtes.
En contournant le cimetière, on arrivait au Saint Eloi (2) tenu par les ancêtres de Jacqueline Decouvelaere Becue. Dans la maison qu´elle occupe actuellement, la famille Salomé tenait le Café Français (3). En traversant la rue de Verdun, la Maison Commune (4) était tenue par la famille Gaimay. C´est là que se tenaient les réunions de Conseil. A cette époque, il n´y avait pas de mairie. Il a fallu attendre 1968 pour que Bernard Courtois fasse aménager l´ancienne école des garçons. La maison commune disposait d´une grande salle où l´on pouvait servir des banquets, assurer les repas de famille à l´occasion des mariages et des enterrements, coutume aujourd´hui disparue.
Il fallait s´éloigner un peu du centre pour arriver à la Forge (5). On pouvait s´y procurer de la quincaillerie, de l´outillage. Ce dernier était plutôt fréquenté la semaine par les fermiers ou leurs charretiers qui venaient ferrer leurs chevaux. C´était aussi le lieu de rendez vous des « fermiers ». Ils venaient confronter les informations qu´ils avaient glanées le matin au marché d´Hazebrouck. Ils terminaient la journée en jouant aux cartes. Le dernier forgeron s´appelait Jean Cabaret et faisait aussi fonction d´organiste. Il réside désormais aux Hortensias à Blaringhem où il profite de la retraite avec son épouse.
Au Coeur joyeux (6), on vendait de la viande et pratiquait l´abattage du bétail dans un local approprié. Tous les 2 ont été rasés pour faire place à la construction des Logis 62. A proximité, une maison a été conservée, elle abritait le café chez Cécile (7) qui a remplacé le café Vanbelle (8), détruit par un incendie au cours de la seconde guerre mondiale. Cécile exerçait le matin le métier de coiffeuse. Il suffisait de traverser la route pour aller Au Coq (9) tenu par la famille Huyghe qui exploitait une menuiserie. Leur beau fils tenait un commerce de porcs. Il fût l´un des premiers Sercussois à disposer d´un téléphone et d´une voiture pour tracter sa remorque. Un autre estaminet se situait à la sortie du village à proximité du monument de la Vierge. Il se dénommait A la Bellevue (10). Il a laissé son nom au lieu dit. En continuant son chemin, en direction d´Hazebrouck, nous arrivions aux 6 rues (11). L´activité y était soutenue surtout pendant la récolte des betteraves sucrières qui se terminait mi décembre. Elle mobilisait beaucoup de monde. Tout d´abord, le chef de centre qui pesait les chariots et tenait les écritures. Une première équipe était dédiée au nettoyage des échantillons prélevés pour déterminer la « tare » et une seconde à l´analyse des râpures pour évaluer la richesse en sucre. La tare pouvait également être évaluée « à l´oeil » et cela donnait lieu à des discussions et des marchandages ! Pendant ce temps, tout le monde s´affairait à décharger les betteraves à la main ou à la fourche sans ouvrir les côtés du chariot de façon à y laisser le maximum de terre avant d´aller peser à vide. Cet usage a perduré jusque 1960.
A l´exception de la forge, tous les tenanciers exerçaient une activité agricole plus ou moins importante et pratiquaient aussi l´élevage. Mais revenons au village pour terminer notre inventaire. A la sortie en direction de Blaringhem, précisons que de ce côté, tous les cafés ont cessé leur activité bien longtemps avant les autres. En quittant la place, un premier café était tenu par la famille Verstraet à l´endroit où habite Jean Pierre Pouilly. On le dénommait l´Union (12). On pouvait encore faire une halte A la Tranquilité (13) aujourd´hui devenu l´habitation de Régis Becue, Marie Santrain en a été la dernière tenancière. Chez Alain Lesage, la famille de son épouse exploitait une forge qui a donné son nom à la buvette Au Forgeron (14). Comme au village, les clients attendaient la fin du travail du Maréchal Ferrant en bonne compagnie à la buvette. La forge a laissé des traces encore visibles de nos jours.
Si l´on avait dépassé tous ces cafés, il était encore possible de faire une halte Au Repos des Chasseurs (15) situé à proximité du jardin du lièvre. Aujourd´hui détruit, il a fait place à la maison de Sylvain Malnou. Il était tenu par la famille Dumortier.
Pour terminer par la route de Lynde à Steenbecque, chez Magalie Lacroix, le lieu dit « Le Laboureur », l´enseigne indiquait que l´on était arrivé Au repos des Voyageurs (16). A l´angle de la rue Tartus, Madame Duc tenait la buvette mais sans comptoir ni enseigne. Bien que sur Blaringhem, le circuit pouvait être bouclé Au moulin Fontaine, l´ancienne maison d´Edouard et Jeanne Vienne. Afin de s´assurer le débouché de leur production, les brasseurs étaient propriétaires de beaucoup de cafés. On disait alors qu´ils étaient « tenus de brasseurs » et leurs locataires devaient s´approvisionner exclusivement chez eux.
Si dans le passé, les cafés étaient nombreux, cela ne veut pas dire que l´on consommait davantage (ou plus que de nos jours). Leur fréquentation était liée au besoin de se tenir au courant de l´actualité locale dans une ambiance conviviale. A cette époque, la durée du travail était rythmée par les saisons. Il se faisait d´une manière plus détendue tout en étant plus pénible que de nos jours. Le Maire d´une commune (pas la nôtre), a un jour déclaré que s´il n´y avait pas d´estaminet dans son village ; il en subventionnerait un !, car il disait : « C´est le meilleur endroit pour être informé de ce qui se passe dans la commune».Après avoir disposé d´autant de cafés, Sercus a la chance d´avoir conservé une Auberge tenue par Patrick et Dominique Beun. Sa réputation attire une clientèle nombreuse qui contribue à l´animation de la commune qui s´est vue décerner récemment le titre de Village Patrimoine.
Photo à gauche prise dans l´Estaminet « La Maison Commune » en 1968: René Decreton, Jérémie Lacompte, Jacques Denaes et Marcel Huyghe (de gauche à droite au premier plan).
Photo à droite : Chez Cécile 2ème maison en partant de la droite de la photo (derrière le poteau électrique)